Marion Canalès « Il s’agit de remettre du bon sens dans l’économie »

Marion Canalès « Il s’agit de remettre du bon sens dans l’économie »
L’élue clermontoise se bat pour remettre l’humain et le social au cœur du développement
© E. Thérond

Oui, l’économie peut se parer de vertus sociales… et solidaires. L’adjointe en charge de ces questions à Clermont-Ferrand milite pour le développement et la démocratisation de ce modèle.

Qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire (ESS) ?

Le champ de l’économie sociale et solidaire est assez vaste, souvent mal compris. Certains n’entendent que le terme « social ». Or, ce n’est pas que cela. En gros, je considère qu’il s’agit d’une économie à énergie positive, dans laquelle on replace le sens de ce qu’on fait au cœur du bénéfice économique qu’on en retire. Il s’agit de remettre de l’humain et des valeurs au cœur du développement. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas être une entreprise qui fait des bénéfices. Mais en tout cas, on sait pourquoi on en fait. La plus-value est locale, environnementale, sociale, humaine. Et c’est ce modèle qui doit se mettre en place.

Comment se traduit-elle concrètement ?

Souvent, par une gouvernance partagée. En clair, il n’y a pas le patron et en-dessous ses « obligés ». Ce modèle repose aussi sur des redistributions de bénéfices dans l’outil de production. Mais le principal trait de caractère de l’ESS, c’est bien le collectif.

Quelle est la forme juridique de ces entreprises ?

Ce sont des Scop [Société coopérative et participative, NDLR], des Scic [Société coopérative d’intérêt collectif, NDLR], des mutuelles, des associations, des fondations… Mais on trouve parfois aussi des sociétés. Ce n’est pas tant l’objet juridique que l’utilité sociale et humaine qui définit l’ESS. Personnellement, je la vois dans une version très large. Exemple : certaines multinationales sont des coopératives. Mais a priori, je ne pense pas que soit le premier exemple qui vienne à l’esprit quand on évoque l’ESS.

Quel est le poids de l’ESS localement ?

Elle représente près de 10 % de l’ensemble de l’économie et des emplois du département. Sur Clermont Auvergne Métropole, c’est 1.779 établissements [coopératives, mutuelles, associations et fondations, NDLR]. La croissance du secteur est à deux chiffres : ce sont des modèles solides, qui ne décrochent pas dans le paysage un peu terne de l’économie actuelle. Prochainement, la CRESS [Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire, NDLR] et l’agence d’urbanisme conjugueront leurs forces pour créer un observatoire sur la métropole et le Grand Clermont. Actuellement, nous manquons de données précises.

Qu’a fait la collectivité pour développer cette économie ?

Déjà, le maire Olivier Bianchi a créé un poste d’adjointe à l’ESS. Avoir une personne référente à la mairie a permis de rassembler tous les acteurs et d’avoir une vision un peu plus claire du sujet. Notre mission, c’est d’activer tous les leviers pour améliorer le bien-être social, le développement économique harmonieux du territoire. Il y a aussi une conseillère métropolitaine, moi en l’occurrence, chaperonnée par les trois vice-présidents à l’économie, à la culture et à l’insertion. Un chargé de mission a également été recruté. Nous avons fait appel à un doctorant qui travaille sur la co-construction des politiques publiques.

La métropole a aussi lancé un appel à projets Scic en 2015…

Oui. Et comme les autres, nous en sommes coopérateurs. Il s’agit d’Epicentre et SoTickets. Nous avons également initié les journées de l’ESS, permettant aux acteurs de se rencontrer, ce qui n’était pas forcément le cas avant. La métropole a également soutenu le centre CISCA, le Centre d’Innovation Sociale Clermont Auvergne, permettant aux entreprises qui n’ont pas forcément les ressources en interne de faire évoluer leur système. C’est lui qui a postulé pour que notre territoire soit labellisé French Impact. L’aboutissement de ce projet est une grande satisfaction. Ce label est le cousin de la French Tech, sur lequel nous nous sommes appuyés, mais il traite de l’innovation sociale. Pour nous, les deux sont liés. C’est la particularité de notre dossier.

Pourriez-vous citer quelques initiatives locales exemplaires en termes d’ESS ?

Je pense à la Ferme Urbaine, par exemple, ou au supermarché La Coop des Dômes pour lequel la Ville a mis un local à disposition et la métropole aidé financièrement. Quand on accompagne LieU’Topie, ce collectif étudiant, pour mettre en place une épicerie sociale, ou la Banque Alimentaire, c’est aussi de l’ESS. Nous avons aussi pris des parts dans la Scic Massifix, qui propose un nœud d’échanges du trafic Internet dans le Massif central. Bien sûr, il y a aussi la Scop des Volcans. Là encore, ce sont des salariés qui ont pris en main leur destin.

Idéalement, ne faudrait-il pas que toutes les entreprises deviennent sociales et solidaires ?

Ce n’est pas qu’il faut ! C’est qu’elles le deviendront. Celles qui feront autrement ne seront pas comprises. Les clients n’adhèreront plus… Je pense que l’économie sociale et solidaire ne doit pas être l’économie de la marge. Au contraire, elle doit bénéficier au plus grand nombre et percuter toutes nos politiques publiques. L’économie n’est pas un bastion : elle doit se démocratiser.

Que doivent faire les citoyens pour encourager cette économie au quotidien ?

 Ils doivent se demander qui fabrique ce qu’ils achètent ou ce qu’ils consomment. Être « consomm’acteur », c’est avoir conscience de ce qu’on fait et comment on le fait. Chaque jour, on peut agir pour encourager l’économie sociale et solidaire et favoriser un développement « normal » de notre société. Sachant qu’encourager la consommation responsable encourage la production responsable. C’est un rebond vertueux.