François GravelineL’écriture pour refuge

Quand il n’exerce pas son métier de journaliste, François Graveline prend la plume pour écrire autre chose, en particulier de la poésie. Il nous reçoit chez lui, à Riom.

François Graveline<br>L’écriture pour refuge
Son recueil « Attractions terrestres » (éditions de la Crypte) a reçu le prix des Merveilleux Nuages, aux Rencontres à Lire de Dax.

L’endroit est unique. On y accède après avoir poussé la porte d’un vieil immeuble, gravi plusieurs étages, aperçu une drôle de coupole et baissé la tête pour ne pas se cogner. Une fois là-haut, la vue est magnifique : si près du ciel, le regard étreint un paysage sans fin. Cette vigie de quelques mètres carrés, dressée au cœur du vieux Riom, est le refuge secret de François Graveline.
C’est là qu’il nous reçoit. Les yeux tournés vers l’horizon, mais aussi un peu à l’intérieur de lui-même. Il nous parle de son enfance à Chanturgue, de Clermont-Ferrand – qu’il n’aime pas – et de ses études de géologie. Aujourd’hui, ce scientifique de formation ne travaille plus la terre, mais les mots. Actuellement journaliste à La Mon-tagne, il a participé à la création de Massif-Central Magazine en 1994.

Récits, chroniques, documentaires…

Parce qu’une écriture en appelle une autre, François Graveline a signé une quin-zaine d’ouvrages. « Mon rêve a toujours été d’être écrivain. Ce n’est ni le même enga-gement, ni la même exploration que le journalisme » nuance-t-il d’une voix reposante. Tout a commencé par un « petit livre » sur l’Auvergne, écrit à l’âge de 18 ans et illustré par le photographe Francis Debaisieux, puis un autre sur les volcans.
D’autres ont suivi, dont « Majestés romanes », un bref roman traduit en occitan par Yves Rouquette (son « père spirituel ») ; « Allier simple » (Bleu Autour), un récit de voyage dans le Bourbonnais ; « Vers les cimes, rencontres » (Artémis), une biographie de l’alpiniste Jean-Pierre Frachon et « Des hévéas et des hommes » (Nicolas Chaudun 2009), retraçant l’aventure des plantations Michelin. Chez cet éditeur, François Graveline dirige aujourd’hui la collection Philéas Fogg, consacrée aux récits de voyages.
Enfin, signalons la réédition prochaine chez Page Centrale d’un très beau texte, « L’invention du Massif-Central », initialement paru aux éditions du Miroir : « Peu de textes parlent du Massif-Central. Personne ne s’en revendique. Il est une sorte de pays mythique… Saviez-vous qu’il n’a été identifié comme territoire en tant que tel qu’en 1841 ? »

« Un poète balbutiant »

François Graveline a beaucoup décrit les paysages auvergnats. Mais actuellement, il a un faible pour la poésie. Surtout quand elle est courte, à l’image des haïkus japo-nais, des sentences d’Eugène Guillevic ou des greguerías de Ramón Gómez de la Serna. « Dans une époque marquée par l’inflation du discours, j’admire ceux qui sa-vent dire beaucoup avec peu » observe ce quinqua grisonnant, adossé au parapet de la petite tourelle surplombant la cité riomoise.
La poésie, François Graveline prend aussi plaisir à l’écrire. De manière parcimo-nieuse. De préférence le matin, « quand l’esprit est tout neuf », avec toujours ce souci de « clarté ». Sitôt sorti, son recueil « Attractions terrestres » (éditions de la Crypte) a reçu le prix des Merveilleux Nuages, aux Rencontres à Lire de Dax. Un autre recueil, « Les oiseaux du petit fleuve », paraîtra en 2015 aux éditions Erès (collection Po&psy).
Mais l’auteur garde les pieds sur terre. « Je ne suis qu’un écrivain minuscule, un poète balbutiant » insiste-t-il, précisant que l’écriture lui procure « une grande séréni-té. » L’inspiration ? « C’est elle qui me trouve. »

Le silence est d’or

Entre deux confidences, ce lève-tôt récite « Commune présence », de René Char, qui l’a beaucoup marqué. Question de circonstance : « Vous aimez lire en public ? » Objection immédiate : « Parfois, on ne peut pas y échapper, mais quelle souffrance ! Je pense que la vraie rencontre entre un auteur et son lecteur doit se faire en silence » confie le créateur de la collection « Poètes, vos papiers ! » des éditions Bleu Autour. Il est maintenant l’heure de descendre du belvédère. Le ciel est d’un bleu profond. Quelques minutes avant de partir, François Graveline a cette phrase, magnifique : « Je ne suis jamais qu’un géologue qui a appris à casser des cailloux. »

Emmanuel Therond

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