Jean-Marc Monteil « Nous avons besoin d’être unis »

Le conseil de développement du Grand Clermont réfléchit à des projets d’avenir pour le territoire, en s’affranchissant des frontières administratives. J.-M. Monteil préside cette structure depuis 2012.

Jean-Marc Monteil « Nous avons besoin d’être unis »
J.-M. Monteil attend du futur maire de Clermont qu’il se saisisse des propositions du Conseil de Développement

I – Qu’est-ce que le Grand Clermont et quelles sont les missions du conseil de développement ?
J.-M. M. – Le Grand Clermont est un périmètre territorial de 108 communes présidé par un élu, Dominique Adenot. Le conseil de développement est une structure de réflexions, de propositions, composé d’une centaine de personnes de la société civile. Les différentes commissions ont présenté leurs travaux fin septembre. Depuis, nous sommes passés en mode opérationnel, via l’élaboration d’une dizaine de projets.

I – Quelles sont ces propositions ?
J.-M. M. – Nous travaillons – par exemple – sur la filière bois, mais aussi le développement du numérique, notamment grâce à Almerys. Le Conseil régional s’est engagé assez lourdement dans ce domaine. En matière de santé, nous réfléchissons à l’élaboration d’un pôle associant nutrition, prévention, activité physique. Dans le tourisme, notamment d’affaires, nous voulons augmenter nos parts de marché. Enfin, nous réfléchissons à l’intégration de la ville dans ses poumons verts ou à la création d’une structure associant la recherche publique et privée. Des exemples parmi d’autres…

I – Le but final est-il de gagner des habitants ?
J.-M. M. – Nous pouvons en gagner en attirant tous les retraités de la terre… Mais nous voulons aussi du développement économique, de la création d’emplois, pour attirer les jeunes et avoir une valeur ajoutée. L’Auvergne, comme la France, vieillit. Sauf qu’ici, nous avons deux facteurs supplémentaires embêtants : un solde migratoire négatif des 18-25 ans et un taux de fécondité inférieur à la moyenne nationale. Le renouvellement des générations ne se fait pas. Or, pour attirer des jeunes, il faut avoir de vrais projets économiques, un environnement naturel porteur, un environnement scientifique de bonne qualité ou être de haut niveau en matière d’innovation. Certes, nous avons de vraies forces industrielles comme Michelin, Limagrain, Aubert & Duval, Constellium, Danone…Pour que ces industriels restent, il faut qu’ils aient le sentiment de vivre dans une région dynamique.

I- Les frontières administratives ne sont-elles pas un frein ?
J.-M. M. – Si, bien sûr. Il ne faut pas que chacun défende dans son coin son petit projet, son petit territoire. Nous avons besoin d’être unis, d’avoir une gouvernance intégrée. Ce conseil de développement est une expression de cette intelligence collective. Je précise que le Grand Clermont n’est pas un territoire administratif mais de projets, apropriables par les collectivités.

I – C’est aussi ce qu’on dit du Pôle Métropolitain. N’y-t-il pas un doublon ?
J.-M. M. – Non ! D’une certaine façon, le Pôle Métropolitain « contient » le Grand Clermont. On pourrait d’ailleurs réfléchir la création d’un conseil de développement du Pôle Métropolitain.

I – Faut-il alors élargir le conseil du Grand Clermont à Vichy, Issoire, Brioude, etc ?
J.-M. M. – Absolument ! Il y a une coordination très forte à trouver. Ce serait absurde de raisonner à périmètre fermé.

I – Un message pour le prochain maire de Clermont ?
J.-M.M. – Un certain nombre de réflexions et de propositions conduites par le conseil sont praticables. J’attends du futur maire qu’il s’en saisisse. Il aura une responsabilité dans le développement… de l’Auvergne !

I – Que se passera-t-il pour le conseil après les municipales ?
J.-M.M. – Je ne sais pas du tout. D’ailleurs je ne m’en préoccupe pas. Je travaille ! Si demain le conseil n’existe plus, je suis disposé avec un certain nombre d’amis à continuer à travailler pour le développement de l’Auvergne, en créant une sorte d’institut. Mais ce n’est qu’une hypothèse… L’intérêt que nous avons pour tous ces projets ne peut pas s’arrêter du jour au lendemain.

I – Le président du Conseil général écrit que les réflexions du conseil sont « peu novatrices ». Qu’avez-vous à lui répondre ?
J.-M. M. – Il a dit ça ? C’est sa responsabilité. Il pense sans doute que nous sommes archaïques et dépassés. Très bien ! Il a le droit de le penser. Je suis prêt à en débattre publiquement avec lui.

Emmanuel Therond.

CV 
1947
Naissance le 18 juin à Labessette (63)
1978
Docteur en Sciences Psychologiques et Sociales : Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; Paris)
1982
Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines : Université de Bordeaux II
1992
Président de l’Université Blaise Pascal jusqu’en 1997
2002
Directeur Général de l’Enseignement Supérieur au Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
2007
Chargé de Mission auprès du Premier ministre François Fillon
2010
Depuis cette date, membre du conseil scientifique de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie et du conseil d’administration d’Unicancer.