Edito de Stéphane Félix du 23/01/2017

Soixante-sept millions de Français, une poignée de Limousins, et moi, et moi, et moi…

La démographie, c’est le nerf de la guerre, l’expression de la grandeur d’une nation, sa chair vive. L’Ancien Régime regardait l’Europe du haut de sa pyramide des âges. Cette supériorité numérique compta pour beaucoup dans les conquêtes de la Révolution et de l’Empire, avant de s’effondrer comme un château de cartes. Quelques tueries continentales, un baby-boom, un choc pétrolier, puis un autre, économique et moral, plus tard, les chiffres demeurent préoccupants : nous sommes soixante-sept millions à vivre sur un territoire deux fois plus grand que le Royaume-Uni, qui compte presque autant de sujets que Marianne de concitoyens. Plus inquiétant encore : le péril vieux nous menace, les mouroirs remplacent les crèches et le taux de fécondité des Françaises devient paresseux, ainsi que le soulignent les experts en comptabilité humaine, habitués à produire, chaque début d’année, de la statistique d’une utilité capitale, matière première des romans de démographes du futur, l’ivresse et la plume souple des nouveaux Dupâquier.

REPRODUCTION INTERDITE

La patrie de la famille a beau travailler pour fabriquer du chiffre, ses ventres ne portent pas suffisamment d’enfants. Quand il faudrait créer du nombre, de la multitude, agiter les éprouvettes et les laboratoires intimes de la procréation, la France s’endort sagement devant la télévision et son oisiveté des samedis soirs, hélas, n’assurera pas le renouvellement des générations. Le spectre de l’extinction par le vide, par le manque, n’agite même plus les confessionnaux. Les puissants, les bien-pensants, les prévoyants, les natalistes, tous les économistes patriarcaux de la naissance en séries de chiffres, peuvent bien continuer à inviter leurs fantasmes de croissance dans les chambres à coucher, rien n’y fait : on autorise la reproduction aux Français, on les y encourage, mais ils se l’interdisent. L’illusion de décider l’emporte sur le bonheur des couches, des poussettes et des biberons par milliers. En cela, le Limousin, qui se fiche de son avenir comme d’une guigne depuis qu’on l’en a dépossédé, est une fois encore la seule région française en avance sur son temps : il fait de l’humour, pas des bébés.

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