« La voleuse de livres »

Quand un roman australien devient un film américain : « La voleuse de livres ».
« La voleuse de livres »L’histoire, mélodramatique, est celle d’une jeune réfugiée au sein d’une famille allemande entre 1938 et la fin du 3e Reich, depuis les persécutions contre les juifs jusqu’aux hostilités, les bombardements et la défaite d’Hitler. Dans cette maison est caché un jeune Juif et le quotidien de la gamine sera bouleversé par cette cohabitation. Un autre ado, amoureux d’elle, jouera un rôle dans cette initiation à la vie en période de crise.
Adapté du roman australien pour la jeunesse de Markus Zusak, « La Voleuse de livres » est un film américain de Brian Percival tourné en Allemagne. L’auteur de l’ouvrage a puisé dans son histoire personnelle : « c’était comme si l’Europe s’invitait dans notre cuisine lorsque ma mère et mon père me racontaient leur enfance en Allemagne et en Autriche, les bombardements sur Munich et les prisonniers que les Nazis faisaient défiler dans les rues. C’était une époque d’extrême danger et d’horreur, mais ce sont les actes de bonté accomplis durant cette sombre période qui m’ont inspiré. Je n’en avais pas conscience à l’époque, mais ce sont ces histoires qui m’ont donné envie de devenir écrivain. »
Une extraordinaire jeune comédienne québécoise, Sophie Nélisse, est l’héroïne de cette aventure exaltante et émouvante se déroulant pendant la seconde guerre mondiale.
« Nous voulions une jeune fille que l’on ait envie de prendre dans ses bras et de protéger contre le monde difficile dans lequel elle vit, mais qui soit également foncièrement indépendante, dit le réalisateur. C’était un défi de taille pour une jeune actrice qui, en outre, devait incarner l’héroïne de ses 11 ans à ses 17 ans… »

SURVIVRE AVEC LA LECTURE

Sophie Nélisse a fait ses débuts en 2012, à l’âge de 10 ans, dans la comédie dramatique de Philippe Falardeau « Monsieur Lazhar ». Elle a d’abord refusé le rôle de Liesel dans « La Voleuse de livres » car elle est aussi une athlète de haut niveau qui préparait les Jeux Olympiques de Rio lorsque son agent l’a appelée. Une blessure a brisé ses rêves de sportive, mais exaucé ceux de l’actrice : « J’ai poussé des cris de joie en apprenant que j’avais décroché le rôle, dit-elle. Cette histoire me tenait vraiment à cœur. Bien que le film se déroule en temps de guerre, cette longue nuit est illuminée par des actes d’altruisme. Liesel survit à toutes les épreuves grâce à sa volonté. En apprenant à lire, elle prend le contrôle de sa vie et de ses pensées. Le film nous aide à voir les choses sous un autre jour. »
La lecture deviendra un moyen de survivre et de faire face à la folie et barbarie de l’époque, d’autant que nombre de livres ont été brûlés en place publique par les nazis. Ce qui n’empêchera pas la petite fille (au début elle ne sait pas lire et apprend dans la cave avec son père d’adoption) de se passionner pour la littérature, de voler des ouvrages, à l’extérieur si besoin et, insensiblement, de se muer en écrivaine. Là encore pour vaincre la peur et l’injustice.
« On dictait aux Allemands ce qu’ils devaient ressentir, penser et lire, explique le réalisateur. Mais malgré ces obstacles apparemment insurmontables, la lecture permet à Liesel d’être créative, de penser par elle-même et de résister ainsi à l’endoctrinement. »
C’est donc un hymne à la culture et à la solidarité qui est lancé dans ce film humaniste et généreux avec une reconstitution soignée réalisée dans les studios allemands de Babelsberg et une mise en scène solide et convaincante, tout comme l’interprétation des adultes, Emily Watson et Geoffrey Rush. Ce dernier déclare : « c’est à mon sens un des grands classiques de la littérature contemporaine. Lorsque l’on prend conscience du potentiel des mots, on réalise le potentiel des idées. J’espère que « La Voleuse de livres » aura cet effet sur le public. »
À noter que le film dure plus de deux heures mais le spectateur est convié à une véritable saga, une vraie épopée. De gros moyens ont été mis en œuvre mais c’est finalement dans les séquences intimistes que le public est ému, bouleversé, révolté.

Marie-Dominique Vançon

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