Prévenir le suicide chez les entrepreneurs

Prévenir le suicide chez les entrepreneurs

La CCI de Limoges a organisé en partenariat avec le tribunal de commerce de Limoges, le tribunal de grande instance et la chambre de métiers et de l’artisanat de la Haute-Vienne une réunion de présentation du dispositif APESA (aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë).

Aujourd’hui, un chef d’entreprise se suicide tous les deux jours en moyenne… Un sujet encore tabou régi par le silence, l’inaudible : le silence patronal, le silence de la souffrance, le silence des témoins et le silence des textes.
Afin de détecter et prévenir cet ultime geste, un dispositif a été créé : après l’alerte météo, l’alerte enlèvement, l’alerte du commissariat aux comptes, il existe dorénavant l’alerte APESA (aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë).
Depuis la crise économique de 2008, une hausse du nombre d’entreprises en difficulté a été constatée dans les tribunaux de commerce.
Alors que la tendance est au « mieux vivre en entreprise », on est tenté d’ignorer le chef d’entreprise qui garde cette image d’invulnérabilité et a pour mission de prendre soin de ses salariés. Il s’avère qu’il existe une importante détresse psychologique du chef d’entreprise : les professionnels des juridictions consulaires se trouvent souvent démunis pour leur apporter l’aide humaine dont ils ont besoin.
Fort de ce constat, Marc Binnié, greffier au tribunal de commerce de Saintes en Charente-Maritime s’est rapproché de Jean-Luc Douillard, psychologue clinicien, lors d’une conférence organisée au tribunal de grande instance de Saintes. L’APESA est donc née en septembre 2013. Son objectif est double : étendre ce dispositif au plus grand nombre de tribunaux de commerce et de chambres consulaires de l’hexagone et communiquer sur l’aide apportée.

Patrons de PME

Les patrons de PME sont naturellement le cœur de ce dispositif de soutien psychologique au sein des juridictions commerciales. Deux facteurs aggravant les rendent de fait particulièrement fragiles.
Tout d’abord, l’entreprise a souvent un caractère familial. Si les affaires vont mal, c’est alors l’entreprise du père ou du grand père qui est détruite. Ensuite, la majorité des patrons de PME connaissent bien leurs salariés, ainsi que leurs familles. Un échec entrepreneurial dans ce contexte met l’entrepreneur directement face à sa responsabilité sociale. Pour les artisans et chefs d’entreprise, le passage au tribunal de commerce signifie la fin brutale d’une carrière, d’un rêve de réussite et d’indépendance, mais également la culpabilité, le déshonneur, la solitude.
Stress, désespoir, crises de larmes et même propos suicidaires : les professionnels de justice font face à des situations qui dépassent leurs champs de compétences, alors même que l’ouverture de ces procédures est censée être apaisante.

Prévenir le suicide chez les entrepreneurs

Sentinelles

Après avoir assisté à plusieurs audiences de procédures collectives, une équipe de psychologues forme les mandataires, les greffiers, les juges et le président, à l’attitude à adopter face aux propos et à l’état psychologique dégradé des chefs d’entreprise. « Ils deviennent des sentinelles. Après avoir posé la question-clé « Est-ce que vous acceptez d’être aidé ? », ils remplissent une « fiche alerte », qui est d’abord envoyée à un coordinateur chargé d’effectuer dans un délai maximum de 24h, une évaluation précise de la gravité de la situation, en appelant par téléphone le chef d’entreprise. Cinq séances entièrement gratuites avec un psychologue lui seront alors proposées », précise Marc Binnié, président de l’APESA.
Initié au tribunal de commerce de Saintes, le dispositif a vocation à être étendu dans l’ensemble des juridictions commerciales françaises. Aujourd’hui, il est déployé dans 14 tribunaux de commerce et sa mise en place est en cours dans 37 d’entre eux.

Anne-Marie Muia
Photo © Yves Dussuchaud

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