Ostensions : sept ans de réflexion

Il aura fallu attendre sept ans pour célébrer les Ostensions limousines. Un événement cultuel et culturel, qui se déroule pour la première fois depuis son classement au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Ostensions : sept ans de réflexion
Chantal Paulat, Jacques Pérot et Marc-Olivier Grasset… (Photo © Yves Dussuchaud)

Saint-Junien : 11.300 habitants. Saint-Junien le 26 juin lors de la clôture solennelle des Ostensions : 100.000 personnes dans la cité gantière, voire plus de 120 000 attendues cette année. Envers et contre tout ce que peuvent avancer les détracteurs de ces célébrations, les Ostensions mêlent le religieux et le profane, la dévotion et le spectacle. Il s’agit d’un moment fort de rassemblement, autour d’un rendez-vous septennal qui renvoie aux racines et à l’identité limousine. Car, il faut être honnête, dans les 20 communes ostentionnaires (15 en Haute-Vienne, 2 en Creuse et 3 en Poitou-Charentes), tous les bénévoles participant aux préparatifs ou encore simplement le public venu assister à la sortie des reliques, ne sont pas forcément croyants… même si l’origine est évidemment religieux.

TRADITION MILLENAIRE

Ostensions : sept ans de réflexion
Des figurants bénévoles animent les multiples cortèges, comme celui de Saint-Junien… (Photo © Ostensions 2009 / L de D)

Les premières Ostensions ont eu lieu le 12 novembre 994. Le Limousin est alors en proie au mal des Ardents, une maladie provoquée par un champignon, l’ergot de seigle. Ce parasite se trouve dans les céréales de fin de récolte, utilisées pour faire le pain. Il provoque des épidémies. Les malades souffrent comme si un feu ardent les brûlait de l’intérieur et en meurent. Les évêques, les abbés et les seigneurs d’Aquitaine, réunis en concile à Limoges, décident de porter en procession les reliques de Saint-Martial afin d’endiguer l’épidémie. Et celle-ci cesse. C’est le Miracle des Ardents. Dès lors, la coutume s’établit : dès qu’un malheur menace la ville, on invoque les saints patrons et on montre (ostendere pour Ostensions) leurs reliques aux fidèles.
La pratique de l’Ostension est, dans un premier temps, reprise ponctuellement, sans date fixe, lors de la venue à Limoges d’un personnage important (Saint-Louis et Blanche de Castille en 1244, le pape Clément V en 1307, Louis XI en 1462, Henri IV en, 1605) ou lors de grandes catastrophes, guerres, épidémies. A partir de 1519, elle devient régulière, tous les sept ans.

RELIQUES

Ostensions : sept ans de réflexion
Ces cortèges, auxquels prendront part 1.500 personnes costumées, racontent l’histoire de la ville, de ses saints fondateurs et celle de la chrétienté… (Photo © Ostensions 2009 / L de D)

Nombreuses sont les églises en Haute-Vienne (Aixe-sur-Vienne, Ambazac, Bellac, Saint-Michel-des-Lions à Limoges, Nexon…) qui abritent des châsses émaillées qui renferment des reliquaires précieux (habits et ossements) des saints limousins et des trésors religieux. Ces reliquaires sont exposés durant les processions. Après leur ouverture selon des rites précis, les reliques sont elles-mêmes présentées. Mais les Ostensions, ce sont également des heures, des jours et des mois de préparation en amont. Les rues des communes ostensionnaires sont décorées, ornées de fleurs confectionnées par des centaines de « petites mains », qui ne ménagent ni leurs efforts ni leur temps. Les comités et les confréries (réunies sous la bannière de leur fédération) sont largement engagés. Des figurants bénévoles animent les multiples cortèges, comme celui de Saint-Junien auquel prendront part 1.500 personnes costumées, qui raconte l’histoire de la ville, de ses saints fondateurs et celle de la chrétienté.

UNESCO

 

Depuis le 4 décembre 2013, l’UNESCO a inscrit les Ostensions septennales limousines sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Jacques Perot, le président de l’association Ostensions PCI, s’interroge : « Que faut-il retirer d’une telle décision ? D’abord une grande fierté de la majorité des Limousins de voir que l’UNESCO confirme que les Ostensions correspondent parfaitement à la définition du patrimoine immatériel : longue tradition, pérennité, transmission… Elles sont mises à l’honneur devant le monde entier. Il ne s’agit pas ici d’un jugement qu’il n’est pas dans le rôle de l’UNESCO de donner mais d’un constat. Nous sommes loin des discussions franco-françaises qui voudraient ignorer ce qu’est le patrimoine. Cet événement atypique, pas toujours compris et parfois combattu, participe à la fierté de l’identité limousine ». Et de rassurer : « Cette inscription ne modifie en rien ni la nature, ni l’esprit des Ostensions. Elles se dérouleront dans la même tradition ».
Une reconnaissance chère à Pierre Allard, le maire de Saint-Junien, qui, malgré son appartenance politique (ADS), affirme que les Ostensions « transcendent leur origine purement religieuse pour comme le souligne l’UNESCO, y associer traditions laïques et savoir-faire artisanaux, impliquant l’ensemble de la communauté et rassemblant des praticiens de milieux sociaux variés dans un esprit de cohésion sociale et identitaire… ». Il explique donc : « Tous les sept ans, la ville se rassemble au-delà des différentes sensibilités philosophiques, politiques ou religieuses pour partager cet événement à nul autre pareil. Il faut voir l’implication des particuliers et des associations pour décorer la ville, confectionner les costumes, préparer le cortège. Il faut savourer l’ambiance et le spectacle que constitue la reconstitution de la forêt de Comodoliac ».

CALENDRIER

Les Ostensions débuteront le lundi de Pâques, le 28 mars à Rochechouart (matin) et Abzac (16) ; Puis les 2 et 3 avril à Limoges (ouverture diocésaine) ; le 10 avril à Saint-Just-le-Martel ; le 17 avril à Nexon ; le 24 avril à Saint-Victurnien ; le 5 mai à Javerdat ; le 7 mai à Aixe-sur-Vienne ; le 8 mai à Saint-Léonard-de-Noblat ; le 15 mai à Rochechouart ; le 16 mai à Esse (16) ; le 22 mai au Dorat ; le 29 mai à Charroux ; le 5 juin à Saint-Yrieix-la-Perche ; le 12 juin à Chaptelat ; le 19 juin à Eymoutiers ; le 26 juin à Saint- Junien ; le 2 juillet à Limoges ; le 3 juillet à Aureil ; le 10 juillet à Crocq (23) ; le 2 octobre à Pierre-Buffière ; le 9 octobre à Guéret (23) pour la première fois ; et enfin le 13 novembre marquera la clôture des Ostensions limousines.

OUVERTURE OFFICIELLE

Ostensions : sept ans de réflexion
Le drapeau des Ostensions… … (Photo © Ostensions 2009 / Ph Cl L de Dts)

L’ouverture officielle des 72e Ostensions limousines aura lieu ce dimanche, le 21 février, avec la montée du drapeau blanc et amarante au sommet de l’église Saint-Michel-des-Lions à Limoges. En 2009, Michel Cubertafond s’était hissé jusque sur le clocher pour planter le drapeau de la Confrérie de Saint-Martial. Aujourd’hui, élu à la Ville de Limoges (en charge de l’animation du quartier et du conseil de quartier secteur Limoges grand centre), relèvera-t-il encore ce défi…

Anne-Marie Muia

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