Bernard Laporte : « C’est le système que je veux combattre »

Le manager du RC Toulon et ancien secrétaire d’Etat aux Sports a pris son bâton de pèlerin pour partir à la conquête de la présidence de la Fédération française de rugby. Il livre sa vision des choses et ses ambitions. Sans langue de bois.

Bernard Laporte : « C’est le système que je veux combattre »
« L’envie de réformer et de redonner un élan au monde amateur est encore plus forte chez moi », explique Bernard Laporte (Photo © Valentin Uta).

Info – Comment se passe votre Tour de France des clubs amateur ?

Bernard Laporte – Nous avons commencé il y a six mois. Je fais en sorte de m’adapter à mon calendrier de manager du RC Toulon. A partir du 1er juillet, je me concentrerai uniquement sur cette campagne. Personnellement, c’est un plaisir d’aller à la rencontre du monde amateur et des gens qui font notre monde du rugby. J’apprends beaucoup même si j’avais déjà quelques convictions.

I. – A la faveur de ces rencontres en région, quel diagnostic posez-vous ?

B. L. – Je rencontre un mécontentement total, qui se confirme de semaine en semaine. Les dirigeants de clubs me disent que les compétitions ne sont pas adaptées, qu’ils n’ont que des contraintes. Ils ont des problèmes financiers et des problèmes de bénévoles. On ne les écoute pas, on les fait taire et on leur impose tout. Aujourd’hui, être dirigeant d’un club, c’est 90 % d’emmerdes et 10 % de bonheur. Des présidents ne savaient même pas qu’ils pouvaient voter à l’élection. La Fédération a toujours fonctionné de façon dictatoriale. On va essayer d’inverser les choses. Et puis le fait que je me présente aura acté un début de démocratie dans le rugby français. La preuve, c’est que le second de la FFR, Alain Doucet, s’engage lui aussi contre le président.

I. – Aviez-vous mesuré cela lorsque vous étiez sélectionneur du XV de France ?

B. L. – J’avais déjà pu m’apercevoir de ce qui m’agace aujourd’hui. On voit toujours les mêmes, avec des frais de bouche considérables. Ils ne veulent pas laisser la place car elle doit être bonne. Quand vous êtes en province et que vous montez 3 ou 4 jours à Paris pour participer au comité directeur, jamais avec la « Légitime », c’est effective-ment agréable. Autre exemple : la Fédération a dépensé près de 11 millions d’€ pour les études d’un futur grand stade qui ne verra jamais le jour tandis qu’elle a versé 253.000 € en 2015 aux écoles de rugby, soit 187 € par club ! Résultat ? Des clubs ne peuvent pas payer les déplacements à tous leurs jeunes. Un vrai scandale.

Bernard Laporte : « C’est le système que je veux combattre »

I. – Quel bilan faites-vous de la présidence de Pierre Camou à la tête de la FFR ?

B. L. – Déjà, c’est le système que je veux combattre. Pierre Camou avait dit qu’il ne se représenterait pas. C’est manqué. De son bilan, je retiens trois choses : primo, il a voulu changer la gouvernance du rugby français. Cette mesure a été retoquée par tous les présidents de comités. Secundo, il a voulu faire un grand stade. Il ne se fera pas. Enfin, il a pris la Fédération alors que le rugby français était en 5e position mondiale. Aujourd’hui, nous sommes 12e. Ce n’est donc pas un bon bilan.

I. – Que proposez-vous alors pour aider les clubs amateurs ?

B. L. – Je veux les accompagner par une proximité, avec des gens formés à côté d’eux pour les épauler. Je veux leur donner aussi les moyens qu’ils n’ont pas. Nous embaucherons 100 cadres techniques, au minimum, afin de former les jeunes. Ils au-ront deux missions : former sur le terrain des éducateurs et pénétrer le milieu scolaire afin de recruter. On s’appuiera sur 13 ligues régionales et nous leur donnerons beaucoup d’autonomie avec pour seule mission : rendre facile la pratique de notre sport.

Propos recueillis par
Jean-Paul BOITHIAS

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